Ostéonécrose du genou : symptômes, diagnostic et traitements

Une douleur du genou apparue brutalement, presque du jour au lendemain, souvent côté interne, parfois la nuit — sans chute ni faux mouvement pour l'expliquer. Ce tableau, très différent de l'arthrose qui s'installe lentement, doit faire évoquer une ostéonécrose. Diagnostiquée tôt, elle peut guérir sans chirurgie ; découverte tard, elle peut détruire le genou. Le facteur temps est donc essentiel.

L'ostéonécrose du genou est la mort localisée d'une petite zone d'os, le plus souvent au niveau du condyle fémoral interne (l'extrémité du fémur, côté intérieur du genou), par défaut d'irrigation sanguine. Elle provoque une douleur souvent brutale et peut évoluer vers un effondrement de l'os, puis une arthrose, si elle n'est pas prise en charge.

Comprendre l'ostéonécrose du genou

L'os est un tissu vivant : il se renouvelle en permanence et dépend, comme tous les organes, de son irrigation sanguine. Lorsque de petits vaisseaux qui nourrissent une zone d'os se bouchent ou deviennent insuffisants, cette zone meurt — on parle de nécrose. L'image la plus juste est celle d'un infarctus, mais dans l'os : un territoire privé de sang qui cesse de vivre, tandis que tout le reste du genou demeure normal.

Au genou, la zone touchée est le plus souvent le condyle fémoral interne — l'extrémité arrondie du fémur, du côté intérieur du genou, là où passent les contraintes les plus fortes à chaque pas. L'os mort perd progressivement sa solidité : sous le poids du corps, il peut se tasser puis s'effondrer, comme une poutre fragilisée qui finit par céder. Le cartilage qui le recouvre, privé de son support, se détériore alors à son tour.

On distingue deux grandes formes :

  • l'ostéonécrose spontanée (appelée SONK dans la littérature médicale, pour « spontaneous osteonecrosis of the knee ») : la plus fréquente. Elle touche typiquement des personnes de plus de 55 ans , plus souvent des femmes, sans cause retrouvée. Son signe d'appel classique : une douleur brutale du genou, volontiers nocturne, que le patient peut souvent dater précisément ;
  • les ostéonécroses secondaires : elles surviennent dans un contexte identifié — corticoïdes à forte dose et au long cours, consommation excessive d'alcool ou certaines maladies générales. Elles touchent des patients souvent plus jeunes, peuvent atteindre plusieurs zones du genou, voire les deux genoux ou d'autres articulations comme la hanche.

Quels sont les symptômes ? Suis-je concerné ?

  • Une douleur d'apparition brutale, le plus souvent sur la face interne du genou, sans traumatisme déclenchant. C'est la grande différence avec l'arthrose, dont la douleur s'installe sur des mois ou des années.
  • Une douleur nocturne : elle réveille, persiste au repos et résiste souvent aux antalgiques simples dans les premières semaines.
  • Une douleur à l'appui : marcher, monter ou descendre les escaliers, se tenir debout longtemps devient pénible ; beaucoup de patients se mettent à boiter.
  • Un point douloureux précis : la pression du condyle interne, juste au-dessus de l'interligne du genou, reproduit souvent la douleur.
  • Un gonflement modéré du genou (épanchement) peut accompagner le tableau, sans être systématique.

Si vous vous reconnaissez dans ce tableau — douleur brutale, inexpliquée, nocturne — ne laissez pas traîner : au stade précoce, l'ostéonécrose peut encore cicatriser. Chaque semaine compte davantage que dans l'arthrose.

Comment fait-on le diagnostic ?

Le piège de l'ostéonécrose débutante, c'est que les radiographies sont normales au début : l'os mort n'a pas encore changé d'aspect. Des clichés rassurants ne suffisent donc pas à éliminer le diagnostic lorsque la douleur est évocatrice.

L'IRM est l'examen clé : elle montre la zone nécrosée dès les premières semaines, bien avant la radiographie, et précise deux informations décisives pour le traitement — la taille de la lésion et l'existence ou non d'un effondrement de l'os. Aux stades plus avancés, les radiographies deviennent parlantes : aplatissement du condyle, condensation de l'os, puis pincement de l'interligne témoignant de l'arthrose secondaire.

Imagerie d'une ostéonécrose du genou : la zone de nécrose apparaît sombre (flèche) et le condyle fémoral s'est aplati
Ostéonécrose du genou : la zone de nécrose apparaît sombre (flèche) et le condyle s'est aplati.

L'examen clinique et l'imagerie permettent aussi d'écarter les autres causes de douleur interne du genou, en premier lieu une lésion du ménisque — les deux diagnostics sont souvent confondus au départ — et une gonarthrose débutante. Si une chirurgie prothétique est envisagée, un scanner peut compléter le bilan afin de modéliser précisément votre genou pour une chirurgie assistée par robot ou un implant sur mesure.

Les traitements : on n'opère jamais par défaut

La conduite à tenir dépend avant tout du stade : une ostéonécrose diagnostiquée avant l'effondrement de l'os ne se traite pas comme une nécrose évoluée. Au stade précoce, le traitement est d'abord médical :

  • mise en décharge du genou : soulager l'appui avec des cannes pendant plusieurs semaines, pour laisser à l'os fragilisé une chance de cicatriser sans se tasser ;
  • antalgiques : paracétamol en première intention, anti-inflammatoires sur de courtes durées si besoin ;
  • adaptation de l'activité : suspendre temporairement les sports avec impacts, privilégier le vélo doux ou la natation une fois la douleur calmée ;
  • kinésithérapie douce : entretenir les amplitudes et la musculature sans surcharger la zone atteinte ;
  • prise en charge de la cause dans les formes secondaires, en lien avec votre médecin traitant ou votre spécialiste — sans jamais interrompre seul un traitement en cours.

Dans les petites lésions traitées tôt, cette stratégie permet souvent une cicatrisation en quelques mois, avec un genou qui redevient indolore. C'est lorsque l'os s'est effondré, ou que la douleur persiste malgré un traitement bien conduit, que la chirurgie se discute :

  • la prothèse unicompartimentale (PUC) lorsque la nécrose reste limitée à un seul condyle : elle remplace uniquement la zone détruite, en conservant les ligaments et les compartiments sains. La récupération est en général plus rapide qu'avec une prothèse totale ;
  • la prothèse totale de genou (PTG) lorsque l'atteinte est étendue ou qu'une arthrose s'est installée sur plusieurs compartiments.

Notre équipe réalise les prothèses de genou avec assistance robotique et, pour certains patients, avec des implants sur mesure conçus à partir de votre anatomie — deux techniques particulièrement utiles dans l'ostéonécrose, où il s'agit de remplacer précisément la zone détruite en respectant tout ce qui est sain.

Que se passe-t-il sans traitement ?

Tout dépend de la taille de la lésion. Les petites nécroses peuvent cicatriser spontanément, surtout si l'appui est soulagé à temps. Mais lorsque la lésion est étendue et qu'elle continue de supporter le poids du corps, l'évolution habituelle est la suivante :

  • l'os mort se fragilise et se tasse progressivement sous le cartilage ;
  • le condyle s'effondre : la surface articulaire, jusque-là ronde et lisse, se déforme ;
  • le cartilage qui recouvrait la zone nécrosée se fissure puis disparaît ;
  • une arthrose secondaire s'installe sur le compartiment atteint, avec des douleurs désormais quotidiennes ;
  • la déformation de la jambe s'accentue et finit par surcharger le reste du genou.

Une fois l'effondrement constitué, le retour en arrière n'est en règle plus possible : l'os ne retrouve pas sa forme initiale. C'est pourquoi la phase précoce, où la cicatrisation reste possible, est une fenêtre à ne pas manquer.

Quand envisager la chirurgie ? Trop tôt ou trop tard ?

Trop tôt n'a pas de sens au stade précoce : tant que l'os ne s'est pas effondré, le traitement médical mérite d'être mené à son terme, car une cicatrisation complète reste possible — et un genou qui guérit sans prothèse reste le meilleur résultat. Nous suivons ces patients par IRM pour vérifier que la lésion évolue dans le bon sens.

Trop tard se paie sur le résultat : attendre des mois sur un condyle effondré laisse la déformation s'aggraver, l'arthrose s'étendre aux autres compartiments et les muscles fondre. Une nécrose limitée relevant d'une prothèse partielle peut ainsi devenir, avec le temps, une atteinte globale nécessitant une prothèse totale, avec une récupération plus longue.

Le bon repère : lorsque l'IRM montre un effondrement de l'os, ou que la douleur persiste malgré plusieurs mois de décharge et de traitement médical bien conduit, il est temps d'en discuter avec un chirurgien. La consultation n'engage à rien — et il nous arrive régulièrement de conseiller de poursuivre le traitement médical. Consultez notre parcours patient en 7 étapes pour savoir exactement ce qui vous attend.

Questions fréquentes

L'ostéonécrose du genou est-elle une arthrose ?

Non, pas au départ. L'arthrose est une usure progressive du cartilage ; l'ostéonécrose est la mort d'une zone d'os située juste sous le cartilage, par défaut d'irrigation sanguine. Mais les deux maladies finissent par se rejoindre : si la zone nécrosée s'effondre, le cartilage qui la recouvre se détériore et une arthrose s'installe.

Une ostéonécrose du genou peut-elle guérir sans opération ?

Oui, dans certains cas. Lorsque la zone nécrosée est de petite taille et que le diagnostic est posé tôt, avant tout effondrement de l'os, une mise en décharge du genou (cannes) associée aux antalgiques peut permettre à l'os de cicatriser en quelques mois. C'est tout l'enjeu d'un diagnostic précoce par IRM.

Ma radiographie est normale mais la douleur persiste : est-ce possible ?

Oui, et c'est même typique de l'ostéonécrose débutante. Au stade précoce, les radiographies sont le plus souvent normales, car l'os nécrosé n'a pas encore changé de forme ni de densité. Seule l'IRM montre la zone atteinte dès les premières semaines. Une douleur du genou inexpliquée et persistante justifie donc de compléter le bilan.

Faut-il forcément une prothèse totale en cas d'ostéonécrose ?

Non. Lorsque la nécrose reste limitée à un seul condyle et que le reste du genou est sain, une prothèse unicompartimentale (prothèse partielle) peut remplacer uniquement la zone détruite, en conservant les ligaments et les deux autres compartiments. La prothèse totale de genou est réservée aux atteintes étendues ou associées à une arthrose globale.

L'ostéonécrose du genou est-elle liée à un traitement par corticoïdes ?

Parfois, oui. Les corticoïdes pris à forte dose et sur une longue durée font partie des causes reconnues des ostéonécroses dites secondaires, avec certaines maladies générales. Mais la forme la plus fréquente au genou est spontanée : elle survient sans cause identifiée. Dans tous les cas, n'interrompez jamais un traitement par corticoïdes sans l'avis du médecin qui l'a prescrit.

Sources et informations complémentaires : Arthrose du genou — Ameli.fr · SOFCOT

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